Les Fables Égyptiennes et Grecques

Il est donc hors de doute que l’Art Chymique d’HermĂšs Ă©tait connu chez les Égyptiens. Il n’est guĂšre moins constant que les Grecs qui voyagĂšrent en Égypte, l’y apprirent, au moins quelques-uns, & que l’ayant appris sous des hiĂ©roglyphes, ils l’enseignĂšrent ensuite sous le voile des fables. Eustathius nous le donne assez Ă  en tendre dans son commentaire sur l’Iliade.

L’idĂ©e de faire de l’or par le secours de l’Art n’est donc pas nouvelle ; outre les preuves que nous en avons donnĂ©es, Pline (Lib. 33. c. 4) le confirme par ce qu’il rapporte de Caligula : « L’amour & l’aviditĂ© que CaĂŻus Caligula avait pour l’or, engagĂšrent ce Prince Ă  travailler pour s’en procurer. il fit donc cuire, dit cet Auteur, une grande quantitĂ© d’orpiment, & rĂ©ussit en effet Ă  faire de l’or excellent, mais en petite quantitĂ©, qu’il y avait beaucoup plus de perte que de profit ». Caligula savait donc qu’on pouvait faire de l’or artificiellement, la Philosophie HermĂ©tique Ă©tait donc connue.

Les Fables Égyptiennes et Grecques
Pyramides de Gizeh, David Roberts, 1838.

Quant aux Arabes, personne ne doute que la Chymie HermĂ©tique & la vulgaire n’aient Ă©tĂ© toujours en vigueur parmi eux. Outre qu’Albusaraius nous apprend (DynastiĂą nonĂą.) que les Arabes nous ont conservĂ© un grand nombre d’ouvrages des ChaldĂ©ens, des Egyptiens & des Grecs par les tra ductions qu’ils en avaient faites en leur langue, nous avons encore les Ă©crits de Geber, d’Avicenne, d’Abudali, d’Alphidius, d’Alchindis & de beaucoup d’autres sur ces matiĂšres. On peut mĂȘme dire que la Chymie s’est rĂ©pandue dans toute l’Europe par leur moyen. Albert le Grand, ArchevĂȘque de Ratisbonne, est un des premiers connus depuis les Arabes. Entre les autres ouvrages pleins de science & d’érudition sur la Dialectique, les MathĂ©matiques, la Physique, la MĂ©taphysique, la ThĂ©ologie & la MĂ©decine, on en trouve plusieurs sur la Chymie, dont l’un porte pour titre de Alchymia : on l’a farci dans la suite d’une infinitĂ© d’additions & de sophistications. Le second est intitulĂ© De concordantia. Philosophorum, le troisiĂšme, De compositione compositi. Il a fait aussi un traitĂ© des minĂ©raux, Ă  la fin duquel il met un article particulier de la matiĂšre des Philosophes sous le nom de Electrum minerale.

Dans le premier de ces TraitĂ©s il dit : « L’envie de m’instruire dans la Chymie HermĂ©tique, m’a fait parcourir bien des Villes & des Provinces, visiter les gens savants pour me mettre au fait de cette science. J’ai transcrit, & Ă©tudiĂ© avec beaucoup de soins & d’attention les livres qui en traitent, mais pendant longtemps je n’ai point reconnu pour vrai ce qu’ils avancent. J’étudiai de nouveau les livres pour & contre, & je n’en pus tirer ni bien ni profit. J’ai rencontrĂ© beaucoup de Chanoines tant savants qu’ignorants dans la Physique, qui se mĂȘlaient de cet Art, & qui y avaient fait des dĂ©penses Ă©normes ; malgrĂ© leurs peines, leurs travaux et leur argent, ils n’avaient point rĂ©ussi. Mais tout cela ne me rebuta point ; je me mis moi-mĂȘme Ă  travailler ; je fis de la dĂ©pense, je lisais, je veillais ; j’allais d’un lieu Ă  un autre, & je mĂ©ditais sans cesse sur ces paroles d’Avicenne ; Si la chose est, comment est-elle ? si elle n’est pas, comment n’est-elle pas ? Je travaillais donc, j’étudiai avec persĂ©vĂ©rance, jusqu’à ce que je trouvais ce que je cherchais. J’en ai l’obligation Ă  la grĂące du Saint-Esprit qui m’éclaira, & non Ă  ma science ». Il dit aussi dans son TraitĂ© des minĂ©raux (Lib. 3. c. I.) : « Il n’appartient pas aux Physiciens de dĂ©terminer & de juger de la transmutation des corps mĂ©talliques, & du changement de l’un dans l’autre : c’est lĂ  le fait de l’Art, appelĂ© Alchimie. Ce genre de science est trĂšs bon & trĂšs certain, parce qu’elle apprend Ă  connaĂźtre chaque chose par sa propre cause ; & il ne lui est pas difficile de distinguer des choses mĂȘmes les parties accidentelles qui ne sont pas de sa nature ». Il ajoure ensuite dans le chapitre second du mĂȘme livre : « La premiĂšre matiĂšre des mĂ©taux est un humide onctueux, subtil, incorporĂ©, &mĂȘlĂ© fortement avec une matiĂšre terrestre. » C’est parler en Philosophe, & conformĂ©ment Ă  ce qu’ils en disent tous, comme on le verra dans la suite.

Arnaud de Villeneuve, Raymond Lulle sont difficiles, & Flamel parurent peu de temps aprĂšs ; le nombre augmenta peu Ă  peu, & cette science se rĂ©pandit dans tous les Royaumes de l’Europe. Dans le siĂšcle dernier, on vit le Cosmopolite, d’Espagnet, & le PhilalĂšthe, sans doute qu’il y en avait bien d’autres, & qu’il en existe encore aujourd’hui ; mais le nombre en est si petit ou ils se trouvent tellement cachĂ©s, qu’on ne saurait les dĂ©couvrir. C’est une grande preuve qu’ils ne cherchent pas la gloire du monde, ou du moins qu’ils craignent les effets de sa perversitĂ©. Ils se tiennent mĂȘme dans le silence, tant du cĂŽtĂ© de la parole, que du cĂŽtĂ© des Ă©crits. Ce n’est pas qu’il ne paraisse de temps en temps quelques ouvrages sur cette matiĂšre ; mais il suffit d’avoir lu & mĂ©ditĂ© ceux des vrais Philosophes, pour s’apercevoir bientĂŽt qu’ils ne leur ressemblent que par les termes barbares, & le style Ă©nigmatique, mais nullement pour le fond. Leurs Auteurs avaient lu de bons livres ; ils les citent assez souvent, mais ils le font si mal Ă  propos, qu’ils prouvent clairement, ou qu’ils ne les ont point mĂ©ditĂ©s, ou qu’ils l’ont fait de maniĂšre Ă  adapter les expressions des Philosophes aux idĂ©es fausses que la prĂ©vention leur avait mises dans l’esprit Ă  l’égard des opĂ©rations & de la matiĂšre, & non point en cherchant Ă  rectifier leurs idĂ©es sur celle des Auteurs qu’ils lisaient. Ces ouvrages des faux Philosophes sont en grand nombre ; tout le monde a voulu se mĂȘler d’écrire, & la plupart sans doute pour trouver dans la bourse du Libraire une ressource qui leur manquait d’ailleurs, ou du moins pour se faire un nom qu’ils ne mĂ©ritent certainement pas. Un Auteur souhaitait autrefois que quelque vrai Philosophe eĂ»t assez de charitĂ© envers le Public pour publier une liste de bons Auteurs dans ce genre de sciences, afin d’îter Ă  un grand nombre de personnes la confiance avec laquelle ils lisent les mauvais qui les induisent en erreur. Olaus Borrichius, Danois, fit imprimer en consĂ©quence, sur la fin du siĂšcle dernier, un ouvrage qui a pour titre : Conspectus Chymicorum celebriorum. Il fait des articles sĂ©parĂ©s de chacun, & dit assez prudemment ce qu’il en pense. Il exclut un grand nombre d’Auteurs de la classe des vrais Philosophes : mais tous ceux qu’ils donnent pour vrais le sont-ils en effet ? D’ailleurs, le nombre en est si grand, qu’on ne sait lesquels choisir prĂ©fĂ©rablement Ă  d’autres. On doit ĂȘtre par consĂ©quent fort embarrassĂ© quand on veut s’adonner Ă  cette Ă©tude. J’aimerais donc mieux m’en tenir au sage conseil de d’Espagnet, qu’il donne en ces ter mes dans son Arcanum Hermeticae Philosophiae opus, can. 9. « Celui qui aime la vĂ©ritĂ© de cette science doit lire peu d’Auteurs ; mais marquĂ©s au bon coin ». Et can. 10. « Entre les bons Auteurs qui traitent de cette Philosophie abstraite, & de ce secret Physique, ceux qui en ont parlĂ© avec le plus d’esprit, de soliditĂ© & de vĂ©ritĂ© sont, entre les anciens, HermĂšs (Table d’Émeraude & les sept chapitres.) & Morien Romain (Entretien du Roi Calid & de Morien.), entre les modernes, Raymond Lulle, que j’estime & que je considĂšre plus que tout les autres, & Bernard, Comte de la Marche-TrĂ©visanne, connu sous le nom du bon TrĂ©visan (La Philosophie des MĂ©taux, & sa Lettre Ă  Thomas de Boulogne.). Ce que le subtil Raymond Lulle a omis, les autres n’en ont point fait mention. Il est donc bon de lire, relire & mĂ©diter sĂ©rieusement son testament ancien & son codicille, comme un legs d’un prix inestimable, dont il nous a fait prĂ©sent ; Ă  ces deux ouvrages on joindra la lecture de ses deux pratiques (la plupart des autres livres de Raymond Lulle qui ne sont pas citĂ©s ici sont plus qu’inutiles.). On y trouve tout ce qu’on peut dĂ©sirer, particuliĂšrement la vĂ©ritĂ© de la matiĂšre, les degrĂ©s du feu, le rĂ©gime au moyen duquel on parfait l’Ɠuvre ; toutes choses que les Anciens se sont Ă©tudiĂ©s de cacher avec plus de soins. Aucun autre n’a parlĂ© si clairement & si fidĂšlement des causes cachĂ©es des choses, & des mouvements secrets de la Nature. Il n’a presque rien dit de l’eau premiĂšre & mystĂ©rieuse des Philosophes ; mais ce qu’il en dit est trĂšs significatif ».

« Quant Ă  cette eau limpide recherchĂ©e de tant de personnes, & trouvĂ©e de si peu, quoiqu’elle soit prĂ©sente Ă  tout le monde & qu’il en fait usage. Un noble Polonais, homme d’esprit & savant, a fait mention de cette eau qui est la base de l’Ɠuvre, assez au long dans ses TraitĂ©s qui ont pour titre : Novum lumen, Chemicum ; Parabola ; Enigma ; de Sulfure. Il en a parlĂ© avec tant de clartĂ©, que celui qui en demanderait davantage ne serait pas capable d’ĂȘtre contentĂ© par d’autres. »

« Les Philosophes, continue le mĂȘme Auteur, s’expliquent plus volontiers & avec plus d’énergie par un discours muet, c’est-Ă -dire, par des figures allĂ©goriques & Ă©nigmatiques, que par des Ă©crits ; tels sont, par exemple, la table de Senior ; les peintures allĂ©goriques du Rosaire ; celles d’Abraham Juif, rapportĂ©es par Flamel, & celles de Flamel mĂȘme. De ce nombre sont aussi les emblĂšmes de Michel MaĂŻer, qui y a renfermĂ©, & comme expliquĂ© si clairement les mystĂšres des Anciens, qu’il n’est guĂšre possible de mettre la vĂ©ritĂ© devant les yeux avec plus de clartĂ©. »

Tels sont les seuls Auteurs louĂ©s par d’Espagnet, comme suffisants sans doute pour mettre au fait delĂ  Philosophie HermĂ©tique, un homme qui veut s’y appliquer. Il dit qu’il ne faut pas se contenter de les lire une ou deux fois, mais six fois & davantage sans se rebuter ; qu’il faut le faire avec un cƓur pur & dĂ©tachĂ© des embarras fatigants du siĂšcle, avec un vĂ©ritable & ferme propos de n’user de la connaissance de cette science, que pour la gloire de Dieu & l’utilitĂ© du prochain, afin que Dieu puisse rĂ©pandre ses lumiĂšres & sa sagesse dans l’esprit & le cƓur ; parce que la sagesse, suivant que dit le Sage, n’habitera jamais dans un cƓur impur & souillĂ© de pĂ©chĂ©s. D’Espagnet exige encore une grande connaissance de la Physique ; & c’est pour cet effet que j’en mettrai Ă  la suite de ce discours un traitĂ© abrĂ©gĂ© qui en renfermera les principes gĂ©nĂ©raux tirĂ©s des Philosophes HermĂ©tiques, que d’Espagnet a recueillis dans son Enchyridion. Le traitĂ© HermĂ©tique qui est Ă  la suite est absolument nĂ©cessaire pour disposer le Lecteur Ă  l’intelligence de cet ouvrage. J’y joindrai les citations des Philosophes, pour faire voir qu’ils sont tous d’accord sur les mĂȘmes points.

On ne saurait trop recommander l’étude de la Physique, parce qu’on y apprend Ă  connaĂźtre les principes que la Nature emploie dans la composition & la formation des individus des trois rĂšgnes animal, vĂ©gĂ©tal & minĂ©ral. Sans cette connaissance on travaillerait Ă  l’aveugle, & l’on prendrait pour former un corps, ce qui ne serait propre qu’à en former un d’un genre ou d’une espĂšce tout Ă  fait diffĂ©rente de celui qu’on se propose. Car l’homme vient de l’homme, le bƓuf du bƓuf, la plante de sa propre semence, & le mĂ©tal de la sienne. Celui qui chercherait donc, hors de la nature mĂ©tallique, l’art & le moyen de multiplier ou de perfectionner les mĂ©taux, serait certainement dans l’erreur. Il faut cependant avouer que la Nature ne saurait par elle seule multiplier les mĂ©taux, comme le fait l’art HermĂ©tique. Il est vrai que les mĂ©taux renferment dans leur centre cette propriĂ©tĂ© multiplicative, mais ce sont des pommes cueillies avant leur maturitĂ©, suivant ce qu’en dit Flamel. Les corps ou mĂ©taux parfaits (Philosophiques ) contiennent cette semence plus parfaite & plus abondance ; mais elle y est si opiniĂątrement attachĂ©e, qu’il n’y a que la solution HermĂ©tique qui puisse l’en tirer. Celui qui en a le secret, a celui du grand Ɠuvre, si l’on en croit tous les Philosophes. Il faut, pour y parvenir, connaĂźtre les agents que la Nature emploie pour rĂ©duire les mixtes Ă  leurs principes ; parce que chaque corps est composĂ© de ce en quoi il se rĂ©sout naturellement. Les principes de Physique dĂ©taillĂ©s ci-aprĂšs sont trĂšs propres Ă  servir de flambeau pour Ă©clairer les pas de celui qui voudra pĂ©nĂ©trer dans le puits de DĂ©mocrite, & y dĂ©couvrir la vĂ©ritĂ© cachĂ©e dans les tĂ©nĂšbres les plus Ă©paisses. Car ce puits n’est autre que les Ă©nigmes, les allĂ©gories, & les obscuritĂ©s rĂ©pandues dans les ouvrages des Philosophes, qui ont appris des Égyptiens, comme DĂ©mocrite, Ă  ne point dĂ©voiler les secrets de la sagesse, dont il avait Ă©tĂ© instruit par les successeurs du pĂšre de la vraie Philosophie.

Plus sur le sujet :

Les Fables Égyptiennes et Grecques, Dom Antoine-Joseph Pernety, Dictionnaire Mytho-HermĂ©tique, 1787.

Illustration : Julien Champagne [Public domain], via Wikimedia Commons

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